Un périple routier pas ordinaire.

Dundlod-Amballa-Jelandar-Chandigarh
Un périple routier pas ordinaire.

Une très longue distance à travers la campagne des moissons à travers une Inde sans dimanche. Les routes sont très mauvaises, défoncées, en éternelle construction ou réfection. Les travailleurs réparent quelques nids de poule, à l’ancienne, quelques pelletées de gravier, une giclée de goudron liquide par-dessus et bonjours la volaille, au suivant! Travail strictement inutile puisque dans quelques jours le trou sera à nouveau béant et même plus vaste. Comme beaucoup d’activités en Inde, elles sont une formalité on distribue des affairements qui ne sont pas toujours des emplois à but très utiles mais des placements pour occuper les gens et gonfler les statistiques. Les superviseurs qui accompagnent ces travailleurs eux vont remplir des fiches pour rapporter combien de trous ont été bouché.
Je discutais avec un ami vétérinaire, qui lui travaille dans un élevage et échangions des nouvelles d’un ami commun. Celui-ci est vétérinaire lui aussi mais dans un village près de notre école il est responsable d’un dispensaire gouvernemental. Il avoue la pauvreté de ses occupations, le manque de motivation, le peu d’intérêt de rendre l’établissement attractif et les heures qu’il passe a remplir des documents fictifs de traitements pour justifier son poste et rendre les instances gouvernementales heureuses et croulantes sous les documents injustifiés. C’est ainsi que l’Inde rends les gens manchots, cul de jatte avec pour seule motivation de bénéficier d’une retraite d’état.
Le trafic est toujours aussi fou et dangereux, camions et bus font toujours valoir leur suprématie par une agressivité et un déni des règles, la courtoisie n’est pas une attitude de mise dans cette jungle créée par les conducteurs. Je me suis isolé des Klaxons et des pétarades enfumées en m’isolant les oreilles avec une bonne musique. C’est fou ce qu’on est plus détendu, lorsqu’on peut se laissé distraire par des sons, une musique qui n’a rien à voir avec l’image, on ferme les yeux et on s’envole. De plus lorsqu’on peut se laisser planer au son de nos morceaux préférés. Pour le moment mon choix s’est porté sur des ballades de Lester Young, l’étrangeté de cette musique ajoute une dimension bien supérieure aux couleurs du paysage. On a tout de même bien avancé, il est maintenant 13h et nous nous sommes arrêté qu’une seule fois pour un petit ChaÏ, il serait temps de se trouver un bon Daba (restaurant routier punjabis qui ne payent pas de mine mais où la nourriture peut être excellente.
La campagne est devenue bien moins aride, plus irriguée, on est sorti des sables du Rajasthan pour rejoindre les sols du Nord, grosses terres, riches, fertiles et généreuses. Les immenses étendues de céréale font aussi penser au désert, les dunes en moins.
Notre Daba n’a pas déçu, les plats que nous avons choisis nous ont été préparés sur le feu, devant nous en un rien de temps. Les chauffeurs routiers prenaient leur repas en regardant la télé ou somnolaient sur leur charpoï. Les toilettes petite cabane près du parking nous démontraient le peu d’intérêt pour la junte féminine. Ceux-ci sans porte, sans Paris Match, ni Hola, ne donnait que la possibilité de méditer sur la beauté de son camion, accroupi sur le trou à la turque qui ne resplendissait pas le Mister Propre! Ça se sont les voyages entre mecs où les seules femmes rencontrées sont les pin-up des calendriers Pirelli et les déesses aux mille bras. On ne va pas se prolonger sur le sujet et inquiéter inutilement tous ceux qui rêvent de venir en Inde.
Les champs sont animés d’armées de travailleurs, non syndiqués, qui effectuent les moissons, des immenses surfaces sont encore entièrement fauchés et mis en gerbes à la main d’autres sont moissonnés à la machine. Les époques se côtoient sans révolution, sans rébellions parfois un siècle de traditions séparent des champs comme une haie infranchissable ou seul les oiseaux arrivent d’une envolée profitent et se nourrissent des deux mondes.

 

L’Inde restera une éternelle injustice où on peut aisément manifester pour des droits, une justice et où on peut sans scrupule exploiter les gens comme des serfs. Où on peut bénéficier des meilleures études ou ne voire que le cadre d’un tableau noir dont les craies ne sont plus au budget de l’école. Il vaut mieux naître dans un nid Parsi que dans un nid de corbeau, il vaut mieux être chien de race que chien de rue, il vaut mieux être cheval de Pur-Sang que groom. Quoi que là je m’égare peut être les chevaux de course ne sont pas nécessairement heureux de courir le dimanche! ils me font souvent penser à ces travailleurs ou travailleuses du sexe enrôlés contre leur gré dans un sport un jeu pas toujours très propre. Les belles années à la ferme ne dureront que trop peu de temps. Que de kilomètres se sont écoulés depuis notre départ et nous sommes arrivés à ma première étape, Amballa dans l’état de l’Haryana, je vais passer la nuit dans une demeure confortable et reprendrai la route très tôt pour me rendre à la ferme.