Une semaine plus près du ciel que de la mer

Qach’s Nek Lesotho
J’ai enfin pu prendre la route et m’échapper de Maseru, pour rejoindre ma destination j’ai dû faire un trajet de 6h30 de route à vive allure avec un super chauffeur, très sûr et qui ne perdait pas son temps à faire des pauses. Il m’a avoué à plusieurs reprises qu’il avait faim mais ne s’est jamais arrêté malgré mes incitations. Nous avons traversé des paysages superbes qui m’ont fait penser à la Patagonie, au Pérou,

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nous avons traversé des immenses plaines et des chaînes de montagnes. Nous avons passé des cols sur lesquels la neige était abondante. Nous n’avons vu beaucoup de monde sur ce trajet, les routes sont en assez bon état pour pouvoir rouler à vive allure sauf que parfois d’énormes trous pourrais complétement exploser une roue si le chauffeur n’est pas vigilent pour les repérer de loin.

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J’étais tellement fasciné par ces paysages que je n’ai même pas eu envie de bouquiner ou de faire la sieste. Par ci par là nous avons vu des troupeaux de vaches et chevaux ou de moutons et de chèvres, autour des huttes il était fréquent de voir un cochon noir en liberté. Nous avons vu beaucoup de chevaux montés soit par les bergers soit des gens qui se déplaçaient emmitouflés dans de grandes couvertures.

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Lorsque nous avons atteint Qacha’s Nek, il faistait déjà sombre j’ai cherché à joindre mon contacte Lekena mais impossible parce que toutes les lignes téléphoniques étaient inactives ! Suite aux grosses chutes de neiges qui avaient sévit ces derniers jours le réseau téléphonique ne fonctionnait plus. Maintenant que j’avais pu atteindre ce lieu perdu dans les montagnes que j’avais bravés les cols et la neige maintenant je n’avais aucun moyen de contacter mon ami. Je décidais en priorité de me trouver une chambre chaude, un bon lit et un endroit pour me restaurer moi et mon chauffeur. On a dû se contenter de sandwich car dans l’hôtel ou j’avais trouvé une chambre c’est la seule chose qu’ils pouvaient nous servir et vu que le restaurant où nous avions essayé d’aller au bled n’était pas trop propre nous avons donc préférer la sécurité d’un endroit plutôt sûre et accueillant et hygiéniquement parlant plutôt sans crainte . Ce soir-là j’ai découvert les plaisirs d’une couverture chauffante insérée entre le matelas et le drap qui comportait 3 positions de réglage. Je dois avouer que de rentrer dans un lit qui semble déjà habité sans avoir besoin de mettre training, pull, chaussettes et bonnet est fort agréable surtout que la température de la chambre ne fait pas penser aux caraïbes !

Le lendemain après un petit déjeuné montagnard de viande hachée, épicée , de ratatouille dans laquelle les oignons prenaient plus de place que les tomates qui étaient là que pour mettre un peu de couleur, courgettes, poivrons aubergines ignorée, c’était en fait une potée de carottes et oignons bien ravigotant pour commencer la journée. J’ai laissé tomber les saucisses roses qui me faisaient penser à des cervelas d’origine douteuse où la trassabilté du cochon restait douteuse à mes yeux. But de la journée aller au bled et essayer de trouver mon contacte. Je me rendait à pied au centre de Qacha qui n’est guère plus grand qu’un regroupement de petites maisons, d’un arrêt de taxis collectifs et de cabanes commerces qui foisonnent autour de ces lieux à la croisée de toutes les destinations. Et puis quelques commerces un peu plus importants, super marquet tenus par des chinois. Ces commerces sont gardés par des gardes en guenilles mais armés jusqu’au bonnet. Ils arborent des vieux pétards plus dangereux pour l’entourage que pour la cible!

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Je questionnai les gens mais personne ne connaissaient mon Lekena, les pauvres informations que j’avais sur le bonhomme ne me permettaient même pas de donner une description ou son emploi et sa seule adresse en ma possession était sa case postale. Bienvenue mais la poste était fermée pour les 2 prochains jours…Dans ces cas-là , l’animation de la rue suffit à me distraire et à découvrir les gens , leurs comportements, la visite habituel des commerces pour me faire une idée du prix de la vie et des habitudes alimentaires. Et puis je retournai à mes investigation dans la rue, lorsqu’on aborde quelqu’un dans la rue il faut être patient car la réponse est rarement à 3 lettres car c’est le début d’un domino sans fin où l’on passe d’une personne à l’autre qui pense connaître quelqu’un qui semble le situer mais qui doit demander à quelqu’un d’autre. Il vaut mieux s’assoir et laisser faire sans trop s’impliquer. Jusqu’au moment où tombé du ciel quelqu’un m’aborde en me demandant si j’étais Bernard ? C’était bien mon Lekena qui avait repéré le seul blanc paumé dans ce bled, il n’avait qu’une chance sur deux de se tromper ! On s’est fait une solide embrassade pour sceller notre première rencontre. Il arrivait tour juste de ses montagnes à 80 km de Qacha, avait pris un taxi collectif pour essayer de me trouver. Il serait resté ici plusieurs jours jusqu’à ma venue inattendue en raison de ces problèmes de réseaux téléphonique.

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On est allé partager un thé dans une gargouille et nous avons fait quelques plans pour les prochains jours. Les achats pour fournir nos cuisinières n’étaient pas le moindre souci. Nous avons fait des listes, comportant les sacs de farine, de maïs, de pomme de terre, des boissons, un mouton allait être bouchoillé, l’essence pour la génératrice, le gaz pour la cuisine et la paraffine pour les lampes.

Il y avait de quoi remplir une camionnette. Programme était établi de se retrouver le lendemain de compléter les achats et de monter dans les montagnes pour commencer nos activités.
Au soir mon cousin Jean Olivier était arrivé du Cap où il habite et venait me suivre dans mes montagnes pour en faire un petit filme. Je ne l’avais pas revu depuis un bout de temps nos trajectoirs n’avaient rien fait pour nous rapprocher. Cette fois était la bonne et c’est un plaisir de l’avoir avec moi.

P1050750bLes routes et pistes pour accéder chez Lekena étaient magnifiques, nous nous trouvions au milieu de paysages étonnants et quasiment inhabités. Les gens ne se regroupent pas dans un village, les maisons sont plutôt éparpillées par petits groupes, les huttes de pierre avec toit de chaume sont de bonnes protections contre le froid et le chaud. Le soir les animaux sont rassemblés autour de la maison la fumée à l’extérieur de la maison nous montre que la cuisine se fait à l’extérieur. Des petits jardins jouxtent l’ensemble mais ne montrent pas beaucoup de légumes à cette saison. Quelques bouts de raves ou de choux ont survécu au froid et à la neige.

P1050411bNous sommes enfin arrivé chez Lekena où sa petite famille nous a accueilli avec une tasse de thé. Son habitat sort un peu de l’ordinaire et on voit que le bonhomme sort du lot par son imagination. Son petit patrimoine comporte 2 huttes et une maison à toit de tôle, chose rare il a des arbres épineux pour couper les vents et arbres fruitiers abricot et pêche étonnant à cette altitude car nous devons être à plus de 2000m. Des terrasses pour cultiver les légumes un petit étang comme précieux réservoir d’eau un peu d’irrigation pour ses cultures un panneau solaire sur son toit de tôle. Bref on voit que les choses sont pensées et qu’il fait partie des seuls à se bouger pour sortir de l’ordinaire.

 

 

P1050718bLe réseau téléphonique a été remis en fonction, les antennes diffusent à nouveau leurs ondes pour mettre en contact tout ce petit monde isolé.
Nous avons donc décidé de commencer le cours après-midi le temps que les chevaux et cavaliers arrivent. Il n’en fallait pas temps pour que l’information circule et que l’on voit au loin et de toutes les directions des chevaux se diriger vers nous. Le mouton était déjà sur le dos, le ventre ouvert et deux bonshommes affairé à dépecer la chair chaude.
Nos élèves étant arrivés plus tôt nous avons pu commencer à travailler avant le repas. J’ai fait une brève introduction de ce que nous allions faire ces prochains jours et je voulais les voire travailler pour me donner une idée de leur savoir-faire et de leur méthodes. Ni grand savoir encore moins de méthode il valait mieux commencer par le début et aller progressivement. Je leur montrai où je voulais en venir par une démonstration commentée avec description de l’outillage et de son utilisation. L’approche du cheval , l’observation des aplombs et de l’équilibre des sabots, le bé à ba mais combien important pour voire une progression. C’est ainsi que les jours de la semaine se sont égrené et que progressivement j’ai pu repérer quelques individu qui progressaient correctement.
Nous avons eu tous les temps, le froid, un peu de pluie des giboulées de neiges, des coups de soleil agréables qui nous séchaient la peau et nous rendaient les lèvres gercées. Teint des montagnes comme après une journée à ski les joues qui brûlent et le nez rouge !

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Le soir il me fallait refaire la route vers Qacha je ne me sentais pas le courage de rester dans une hutte pour la nuit. Le froid, ne me convient plus et ce timing est une erreur de ma part. Le prochain cours se fera en hivers de chez nous et pas d’ici. Je me réjouissais de retrouver ma couverture chauffante une douche d’eau chaude et un repas en face à face avec mon cousin. Et le matin on reprenait la route pour rejoindre nos élèves, leur sourire, leur bonne-humeur et leurs montagnes. Quel cadre magnifique, tous les matins cette route était un vrai bonheur. Nos cours théoriques se sont déroulés dans une petite école à 1km de chez Lekena. Nous avons squatté une des 3 classes dans lesquelles les institutrices se partageaient une trentaine de gamins. Lorsqu’on a mis la génératrice en route, assombri les fenêtres, tendu un drap contre le mure pour écran la magie était entrée au bled, tous les gamins sont venus nous rejoindre pour suivre ce que je racontai et je montrai.

P1050523cLes coupures de courant de la gégène ont fait perdre pas mal de temps et à plusieurs fois j’ai eu peur pour l’ampoule de mon projecteur. Je n’arrivais pas à alimenter projecteur et ordinateur donc il fallait compter sur la batterie de l’ordi pour tenir la séance. Bref on s’adapte à tout mais il faut être très flexible et tolérant. Après un moment je voyais que l’attention des enfants baissait, le semblant d’obscurité aidant il fallait lâcher la horde pour qu’ils aillent s’ébattre à l’extérieur. Mes élèves étaient assez attentifs, il n’y avait pas de bâillements ni de tête qui heurtait la table du pupitre, il faut dire qu’ils n’avaient jamais eu l’occasion d’assister à quelque chose qui pouvait leur parler autant. Leurs chevaux sont de précieux compagnons et tout ce que je leur montrais, il l’avait déjà touché, senti sans en avoir jamais trop fait attention. Ce n’était qu’un nouvel angle, manière de regarder les pieds, les jambes de leurs chevaux.

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Et ainsi quotidiennement nous avons abordé et travailler les sujets et pratiqué sur les pieds pour en arriver à de petits résultats prometteurs. Il faudra du temps, nous l’avons puisque ce programme va se poursuivre sur 4 ans, je reviendrai avec Sahib la prochaine fois, d’autres maréchaux me succéderons et j’espère que je pourrai revenir retrouver ces paysages, ce calme, la gentillesse des gens et qui sait peut être une hutte pour pouvoir séjourner à la belle saison avec ses gens qui ont tant à nous apprendre de la sagesse et de la modestie…..

ByeBye

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